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Pascale Martinez - Indépendant Lifeplus Associé


Santé mentale et réseaux sociaux

Reading Time: 10 minutes

Préserver sa santé mentale à l’ère des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux constituent le grand paradoxe de cette génération et sont source de passions et de débats intenses. J’ai moi-même entretenu avec eux une relation compliquée, par le passé. Grands incontournables de notre système de communication moderne, ils nous permettent de développer notre réseau professionnel et de rester en contact avec nos amis, où qu’ils soient dans le monde. Ils sont un tremplin à nos actions et nous offrent une visibilité gratuite. En d’autres termes, les réseaux sociaux ont changé la donne en permettant au plus grand nombre de s’exprimer.

Pourtant, ils ont aussi parfois le pouvoir de nous déprimer !

Lorsque j’ai lu le rapport commandé par Lifeplus sur la santé mentale, je n’ai pas été surprise d’apprendre que quatre personnes interrogées sur cinq pensent que les réseaux sociaux jouent un rôle dans l’augmentation des cas de dépression. Depuis que la technologie est entrée dans nos vies, nous sommes une grande majorité à l’utiliser d’une manière ou d’une autre. Il n’est donc pas étonnant qu’elle affecte notre santé.

À en croire de nombreux rapports publiés sur internet, c’est Facebook qui, à ce jour, cumule le plus d’utilisateurs actifs, suivi par YouTube puis Instagram. On note toutefois une arrivée en force de Tik Tok, une appli très populaire chez les jeunes, qui a vu son nombre d’utilisateurs augmenter rapidement durant le confinement.

L’ennemi numéro 1 ?

Les raisons de diaboliser les réseaux sociaux ne manquent pas. Leur aspect addictif à lui seul peut être une source d’inquiétude. Un exemple : je regarde en moyenne mon téléphone trente fois par jour, souvent par réflexe, sans même m’en rendre compte. Et mon cerveau, inconsciemment, est attiré par certaines applications. Simon Sinek évoquait déjà ce problème dans son célèbre entretien pour l’émission « Inside Quest ». Selon lui, l’utilisation des réseaux sociaux déclenche une libération de dopamine dans notre cerveau, la même réaction chimique que lorsque nous consommons de la drogue ou de l’alcool, ou que nous misons de l’argent. Quelqu’un met un « j’aime » à votre photo ? Votre cerveau reçoit une dose de dopamine. Un utilisateur s’abonne à votre compte ? Une nouvelle dose arrive. Dans sa forme la plus pure, la dopamine est synonyme de plaisir instantané pour le cerveau humain… qui en redemande ! Alors que d’autres substances potentiellement addictives sont assorties de garanties et de restrictions, pour les réseaux sociaux, ce n’est pratiquement pas le cas. On peut y avoir recours quand on le souhaite, où on le souhaite, et à tout âge. Une consommation si effrénée peut-elle vraiment être saine ?

« La culture du “J’aime” peut avoir des effets violents sur l’humeur et sur l’estime de soi, sans parler du syndrome FOMO (Fear Of Missing Out, soit la peur de rater quelque chose) ni de la pression de se montrer toujours sous son meilleur jour à travers des photos soigneusement sélectionnées. Et que dire de la tentation d’aller fouiner dans la vie des gens que l’on a perdus de vue, pour découvrir que notre ex sort désormais avec un mannequin ? Parfois, ignorer certaines choses jusqu’à ce que l’on soit prêt (et assez fort) pour les entendre nous aide à guérir et à aller mieux. Mais avec les réseaux sociaux, difficile de rester dans l’ignorance : ils nous ouvrent les portes d’un monde infini de connaissances, qu’elles soient bonnes ou mauvaises à prendre… » Claire Eastham

J’ai moi-même par le passé cédé au besoin d’afficher une vie parfaite sur Internet. Je ne pouvais plus me satisfaire d’un bon repas ou d’une sortie entre amis : il fallait photographier, fournir des preuves, et attendre le pouce levé ou le cœur qui viendrait enfin valider ces instants de vie. Si des amis ou des collègues partageaient des expériences plus palpitantes, mon moral tombait en flèche.

Ensuite, ma relation avec Instagram a également commencé à affecter mon sommeil. La lumière de mon téléphone, tenu à quelques centimètres de mon visage, empêchait la libération de mélatonine, l’hormone du sommeil. Je me retrouvais parfois à veiller jusqu’à 2 h du matin, faisant défiler mon écran dans un cycle sans fin.

Le manque de sommeil me rendait léthargique le jour suivant, et je n’avais plus l’énergie de prendre soin de moi, ne serait-ce que pour remplir les fonctions essentielles, comme manger un repas sain ou boire suffisamment d’eau. Pour compenser la fatigue, mon corps me réclamait plutôt du sucre et de la caféine. Je me sentais impuissante et frustrée, piégée dans un cercle vicieux.

Équilibre et pensée positive

Alors, comment s’en sortir ? Faut-il supprimer toutes nos applis dans l’instant, détruire toute trace de notre présence sur les réseaux sociaux ? Bien sûr que non. Pour commencer, vous prodiguer un tel conseil ferait de moi une hypocrite. Après tout, ma carrière repose sur ce monde ! Pour beaucoup, dont je fais partie, les réseaux sociaux représentent un outil de promotion indispensable. C’est pour moi une solution économique qui me permet d’atteindre le public ciblé par ma marque.

Malgré leurs défauts, les réseaux sociaux peuvent être des ressources puissantes et positives à qui sait les utiliser. Pour de nombreuses personnes vivant avec une maladie mentale (dont je fais partie également), ils constituent un exutoire qui permet de se défouler et un moyen de recevoir le soutien d’autres personnes se trouvant dans une situation similaire.

J’ai vécu des périodes particulièrement sombres durant lesquelles j’ai pu faire appel aux personnes qui me suivaient en ligne. En retour, j’ai été submergée par une vague de soutien et de conseils précieux venant de gens que je n’avais jamais rencontrés. J’ai été bouleversée par l’amour que j’ai reçu, et cela m’a aidée à guérir. Les trolls ne manquent pas, bien sûr, mais les êtres humains bons et attentionnés non plus.

Durant les phases les plus strictes du confinement, les réseaux sociaux sont devenus une bouée de sauvetage pour de nombreuses personnes, en particulier celles qui vivent seules. Facetime, Skype, Zoom, Houseparty, etc. ont permis aux familles et aux amis de se voir physiquement, un vrai boost pour le moral.

Ces applis ont également aidé un grand nombre d’entreprises à continuer de tourner sans perturbations majeures.

Six conseils pour une utilisation saine des réseaux sociaux

1. Consommez avec modération : il est important d’avoir une utilisation raisonnable des réseaux sociaux, tout comme on modère notre consommation de certaines substances. À titre d’exemple, vous ne prendriez pas un verre de vodka cul sec au saut du lit. De la même manière, vous jeter sur votre téléphone ne devrait pas être votre première priorité. Laissez le temps à votre esprit de s’éveiller naturellement avant de l’assaillir de stimuli extérieurs.

Vous avez tout à fait le droit de prendre du plaisir à consulter les réseaux sociaux, mais comme on dit, il ne faut pas abuser des bonnes choses. En ce sens, il est capital de savoir gérer votre utilisation, sans voir cela comme une punition. Face à l’abstinence, il est rare que le cerveau rende les armes sans chercher à lutter ou à trouver un remplacement. Comme un enfant à qui on aurait confisqué son jouet préféré.

Lorsque vous essayez de vous passer un peu de votre téléphone, prévoyez de faire une autre activité amusante ou relaxante. Un bain délassant, une balade, une soirée Netflix ou, encore mieux, un bon vieux jeu de société en famille : vous avez l’embarras du choix. L’idée est de prouver à votre cerveau qu’il peut obtenir sa dose de dopamine… hors ligne !

2. Adoptez un rituel au moment du coucher : évitez au maximum d’utiliser votre téléphone après 21 h. Encore une fois, ne voyez pas cela comme une punition, mais plutôt comme une opportunité d’imaginer un vrai rituel du coucher. Vous pouvez par exemple déguster un bon chocolat chaud, regarder un épisode de votre série préférée, ou encore lire quelques chapitres de votre livre de chevet. Si, comme moi, vous utilisez votre téléphone pour lire des livres numériques (loin d’être l’idéal, mais ils sont moins chers que les versions papier), pensez à activer le mode nuit de l’écran, pour ne pas affecter votre production de mélatonine. De la même manière, désactivez les notifications de vos applications afin d’empêcher toute distraction. Pour cela, modifiez les paramètres de votre téléphone, ou directement ceux des applis.

3. Replacez les choses dans leur contexte : en voyant les photos des autres sur Instagram, on a parfois l’impression que notre vie supporte mal la comparaison. Mais c’est sans doute parce qu’on accepte trop vite ces images comme des reflets de la réalité, à tort !

Rappelez-vous : en ligne, nous essayons tous de montrer la meilleure version de nous-mêmes, que ce soit en soirée, en vacances, entre amis… C’est instinctif.

Ce que l’on ne dévoile pas, ce sont nos moments un peu moins glorieux. Je pense notamment à ce fameux dimanche où j’ai passé cinq heures en pyjama sur mon canapé à soigner une gueule de bois en mangeant des céréales directement dans leur boîte. Ces images créent une représentation irréaliste du monde. D’une part, il est malsain de déterminer sa propre valeur en se comparant aux autres ; d’autre part, il s’agit d’une variable sur laquelle nous n’avons aucun contrôle. Il est rare que le monde réel l’emporte sur celui de l’imaginaire.

Alors oui, autorisez-vous à ressentir de la jalousie, de la tristesse ou de la frustration pendant quelques secondes, puis rappelez-vous du manque de contexte qu’offrent les réseaux sociaux. Bien sûr, elle est superbe cette photo où l’on voit untel ou unetelle se prélasser sur la plage, mais qui sait si la personne en question n’était pas victime d’une intoxication alimentaire quelques heures auparavant ? Qui sait si elle n’était pas scotchée aux toilettes dix minutes avant que la photo soit prise ? Allons plus loin : qui sait si cette photo est vraiment d’actualité ? Peut-être a-t-elle été prise des mois auparavant, pendant des vacances.

L’un des plus beaux selfies que j’ai pu poster sur Instagram a été pris alors que je traversais des règles particulièrement douloureuses. J’étais ballonnée, fatiguée, et je souffrais énormément. Pourtant, sur la photo, j’ai l’air superbe et pleine de vie.

Désormais, j’essaie d’être aussi authentique que possible dans mes publications, afin de combattre ces images d’un monde fantasmé, même si je ne suis pas encore totalement immunisée contre la vanité !

4. Suivez des groupes/contenus/hashtags qui vous procurent de la joie : personnellement, je suis le hashtag #dogsofinstagram, simplement parce qu’il me fournit ma dose quotidienne de bonheur ! J’adore voir des chiots en plein jeu ou des chiens faire une chute spectaculaire. Ces images me font rire, elles boostent mon moral et rétablissent mon équilibre mental

Les réseaux sociaux nous offrent la chance de pouvoir nous entourer virtuellement de choses que l’on aime et qui nous apportent une énergie positive au quotidien.

En plus de mes amis et de mes collègues, je suis aussi des gens qui m’inspirent ou qui boostent mon amour-propre. C’est un conseil que je donne souvent, surtout aux adolescents.

J’utilise les réseaux sociaux pour échanger avec des gens du monde entier qui partagent les mêmes intérêts que moi : la santé mentale, l’écriture, les vêtements vintage, le féminisme…

Grâce aux réseaux sociaux, j’ai fait la connaissance de personnes incroyables que je n’aurais jamais pu rencontrer autrement.

Souvenez-vous : c’est vous et VOUS SEUL qui choisissez ce que vous voyez dans vos fils d’actualité. Profitez-en donc pour créer un espace bien à vous et qui vous correspond.

5. Ne suivez pas les gens que vous n’aimez pas : nous sommes tous plus ou moins coupables de ce petit travers, celui d’épier les gens dont on jalouse un peu la vie, ou qui nous énervent, mais… impossible de s’en empêcher ! Bizarrement, c’est délicieusement jubilatoire. Pourtant, cela finit souvent par nous vider de notre énergie et assombrir notre humeur.

Pensez à régulièrement faire le tri dans les comptes que vous suivez, pour vous assurer que ceux que vous consultez vous conviennent toujours. C’est un peu comme un nettoyage de printemps pour votre cerveau !

Si vous avez peur qu’une personne remarque que vous ne la suivez plus, vous pouvez simplement masquer son contenu grâce à la fonction « mute ». Non seulement elle n’en saura jamais rien, mais en plus vous n’aurez plus à subir son fil d’actualité.

6. Ignorez les trolls : c’est sans doute une évidence, mais nombreuses sont les personnes qui tombent dans le piège (je m’inclus dedans). Malgré la tentation, rappelez-vous que vous ne pourrez JAMAIS gagner contre un troll, même si votre réponse est pleine d’esprit ou extrêmement pertinente et documentée.

Les trolls se nourrissent de votre investissement, à l’image des vampires ou des sangsues. Une seule solution pour s’en débarrasser et protéger votre énergie mentale : bloquez-les.

Si quelqu’un devient injurieux ou menaçant, signalez son compte.

Les réseaux sociaux peuvent être définis de nombreuses façons, souvent en des termes assez extrêmes. Ils peuvent être à la fois puissants et dangereux, bénéfiques et destructeurs, fédérateurs ou excluants. Difficile de trouver un juste milieu quand l’opinion publique s’en mêle.

« Le rapport Lifeplus met en lumière certaines problématiques importantes. Les réseaux sociaux peuvent en effet contribuer à l’apparition de certaines maladies mentales telles que la dépression. Toutefois, utilisés correctement et alliés à un mode de vie sain, ils peuvent également s’avérer extrêmement bénéfiques ».

Claire Eastham

Le tout est de se montrer attentif, proactif et de se créer de nouvelles habitudes saines : vous pourrez ainsi profiter des réseaux sociaux tout en préservant votre santé mentale.

Claire Eastham est auteur de best-sellers, blogueuse spécialisée dans la santé mentale, militante, et conférencière. Son blog, We’re All Mad Here, a été primé.

Bien dans sa tête n’est que l’un des quatre principes fondamentaux de notre philosophie Lifeplus. Garder la forme, Bien se nourrir et Des compléments bienfaisants sont des piliers tout aussi importants. Découvrez ici d’autres articles autour de la santé et consultez les contenus de nos auteurs experts en bien-être.

Pour plus de conseils et de soutien…

Au Royaume-Uni, MIND est l’une des plus importantes associations pour la santé mentale. Vous trouverez une mine d’informations, de conseils et de soutien sur son site internet (en anglais).

YoungMinds est une association britannique œuvrant pour le soutien des jeunes qui présentent des troubles de la santé mentale. Vous trouverez sur son site internet un guide du CAMHS (le service de santé mentale destiné aux enfants et adolescents qui dépend du système de santé britannique) ainsi que des conseils et des sites Web en rapport avec les troubles de la santé mentale, qu’ils soient liés aux réseaux sociaux, à l’alcool ou aux drogues (en anglais).

La Molly Rose Foundation est une fondation caritative créée par la famille Russell après la perte tragique de Molly Russell à 14 ans, en 2017. La fondation a entrepris un travail précieux dans ce domaine, notamment en contribuant à obtenir d’Instagram l’interdiction de tout contenu relatif à l’automutilation et au suicide.